Suite à la fatwa contre les homosexuelLEs lancée en octobre par le grand ayatollah Ali al-Sistani, les escadrons de la mort de la milice « Badr » traquent systématiquement les gays irakiens pour les persécuter et les exécuter. Mais quand ils demandent l’aide et la protection des autorités d’occupation américaines dans la zone verte, le territoire sécurisé à l’intérieur de la ville de Baghdad, les gays irakiens ne rencontrent qu’indifférence et dérision.« La milice Badr se donne comme mission le ‘nettoyage sexuel’ de l’Irak » affirme Ali Hili, un irakien gay de 33 ans exilé à Londres. Avec 30 autres gays irakiens réfugiés au Royaume unis, il ont fondé, il y a cinq mois, le groupe Abu Nuwas pour soutenir les gays irakiens persécutés. (Abu Nuwas était un grand poète classique du 8ème siècle, d’origine arabo-persane, célèbre dans le monde entier pour ses poèmes louant l’amour entre personnes du même sexe.)
« Nous sommes persuadés que la milice Badr a reçu des conseils depuis l’Iran leur indiquant comment viser les gays irakiens », a déclaré Hili. Dans la république islamique d’Iran, le régime du président Mahmoud Ahmadinejad mène une véritable chasse anti-gays, notamment en piégeant les gays iraniens sur Internet. Les milices Badr en Iraq ont commencé à utiliser cette tactique pour identifier et traquer les gays irakiens.
Les milices Badr sont le bras armé du Conseil suprême de la révolution islamique en Iraq, soutenu par l’Iran. Ce puissant groupe chiite, première formation politique dans la communauté chiite, avait son état-major en exil à Téhéran jusqu’à la chute de Saddam Hussein. Les milices Badr chiites (SCIRI) sont entraînées et commandées par d’anciens officiers de l’armée irakienne.
L’ayatollah Ali al Sistani, né en Iran il y a 77 ans, est la plus haute autorité religieuse chiite en Irak. Il est considéré par les milices Badr comme leur guide spirituel. Sa fatwa anti-gay (disponible sur son site Internet officiel), dit que « les personnes engagées [dans des pratiques homosexuelles] devraient être assassinées de la pire et la plus sévère manière possible. »
Au téléphone, depuis Londres, Hili explique qu’ « il y a de très, très sérieuses menaces sur la vie des gays vivant en Irak aujourd’hui. Nous avons un important réseau de contacts de militants gays et de gays en Irak qui nous envoient de réguliers rapports -les intimidations, les passages à tabac, les enlèvements et les meurtres de gays sont devenus quasi quotidiens. Les milices de Badr tuaient les gays avant la fatwa de l’ ayatollah, mais l’appel au meurtre homophobe de Sistani a donné le feu vert à tous les musulmans chiites pour pourchasser et tuer les gays et les lesbiennes. »
Hili continue « Les milices Badr ont un réseau d’informateurs, qui, entre autres choses, traquent les supposés ‘comportements immoraux’. Ils tuent les gays, les femmes qui ne portent pas le voile, les prostituéEs, les gens qui vendent ou boivent de l’alcool, ceux qui écoutent des musiques occidentales, ou s’habillent à l’occidentale. » « Les militants Badr piègent les gays via les salons de chat d’Internet. Ils donnent rendez-vous à quelqu’un, puis le battent et le tuent. Les hommes célibataires de 30 ou 35 ans sont soupçonnés d’être gays et sont surveillés, de même que les hommes efféminés. Une enquête est faite sur eux et on les prévient de se marier. En général, les Badr leur donnent un mois pour changer de vie. S’ils ne changent pas de conduite ou s’ils échouent à prouver qu’ils ont l’intention de se marier, ils sont arrêtés, ils disparaissent et on peut les retrouver morts.On retrouve les corps avec les mains attachées dans le dos, les yeux bandés, et une balle dans la tête. »
Tahsine est un activiste gay caché en Irak, et un correspondant pour le groupe Abu Nuwas de Londres. Ce photographe et technicien de laboratoire de 31 ans a raconté à Gay City News par téléphone : « la semaine dernière quatre gays que nous connaissons ont été trouvé morts. J’ai peur de sortir de chez moi et de me faire assassiner dans la rue. Nous vivons dans la peur. »D’après Tahsine, les hommes qui ont vraiment l’air d’être gays« ne peuvent pas marcher dans les rues. Mon meilleur ami a été assassiné récemment parce qu’il était gay. »
Tahsine confirme l’efficacité meurtrière du programme de traque par Internet des milices Badr : « Une heure après qu’ils ont contacté quelqu’un dans un chat Internet, cette personne disparaît et est retrouvée morte. » Il ajoute « depuis la fatwa de Sistani, la vie d’un gay en Irak ne vaut plus rien, et les violences et les meurtres sont devenues bien pires. »
Tahsine vit à Baghdad dans un appartement avec ses deux frères. « En ce moment je cache cinq gays dans ma chambre, qui ont peur pour leur vie, parce qu’ils ne peuvent pas sortir sans mettre leur vie en danger. » L’angoisse s’entend dans la voix de Tahsine. « En ce moment ils m’écoutent pendant que je vous parle. » Ceux qui se sont réfugiés chez Tahsine ont entre 25 et 35 ans, et leur maniérisme les rend facilement identifiables comme gays par la plupart des Irakiens. Je parle brièvement avec l’un d’eux qui me dit sa peur, dans une voix douce et timide.
Parmi ceux à qui Tahsine donne asile, Baschar, un acteur de 34 ans a dû se cacher après avoir reçu des menaces contre lui et sa famille. Avant qu’il ne passe dans la clandestinité sa maison avait été plusieurs fois investie par les milices Badr. Heureusement il n’était pas là car sinon il pense qu’il aurait été kidnappé et tué.
« Nous avons absolument besoin de protection » supplie Tahsine. « Nous allons voir les Américains, mais ils nous rient au nez et ne font rien .Le problème ce sont les Américains. » Hili confirme depuis Londres que les autorités de l’occupation américaine de la fameuse ‘zone verte’ de Bagdad ont été alertées et n’ont répondu que par l’indifférence et le mépris.
Hili est diplômé en littérature anglaise. Il travaillait pour la radio et la télévision irakienne avant de fuir pour le Royaume Uni en 2002, après avoir subi des persécutions liées à son orientation sexuelle sous le régime de Saddam Hussein. « A la fin des années 80 et dans le début des années 90 il y avait quelques clubs gays à Bagdad », explique Hili « mais ils ont fermés en 1993 quand les sanctions économiques ont été imposées au gouvernement de Saddam. Une fois par semaine, nous avions une soirée night-club à l’hôtel Palestine ; c’était devenu un rassemblement pour les gays, surtout pour les acteurs et ceux du monde du spectacle, mais là aussi ça a fermé. J’ai été arrêté trois fois parce que j’étais gays, et torturé. Après plusieurs tentatives j’ai pu fuir le pays, en passant par Dubaï, la Jordanie, la Syrie puis l’Angleterre. » Maintenant Hili a le coeur brisé de voir que, trois ans après la chute de Saddam, la vie pour les gays irakiens est devenue encore plus insupportable qu’avant.
« Hier, sur Internet j’ai dialogué avec un jeune gay d’environ 25 ans qui s’est fait attraper par les milices chiites. Il n’avait pas ses papiers d’identité - les gays préfèrent ne pas les prendre avec eux car s’ ils sont arrêtés, [la police ou les milices Badr préviennent leurs parents et ajoutent leur nom à celles des gays identifiés , qui peut ensuite servir à les retrouver pour les tuer...] Les voyoux des milices Badr lui ont cassé le bras gauche - il me l’a montré avec sa web-cam. »
Le groupe Abu Nuwass, à en croire Hili, accumule les preuves que des agents iraniens conseillent le SCIRI et la police irakienne sur les techniques pour persécuter les gays. Non seulement ils se servent des techniques iraniennes de traque via Internet, mais des rapports avancent que des agents iraniens ont été impliqués dans des interrogatoires, questionnant en farsi des gays avec l’aide d’interprètes. « C’est particulièrement vrai dans le Sud, à Basra » dit Hili.
Hili a des informations sur les cas de plusieurs victimes des milices Badr, mais note que « ces meurtres sont ceux sur lesquels nous avons des détails. C’est la partie visible de l’iceberg des exécutions pour motifs religieux. Les gays irakiens vivent dans la peur d’être découverts et assassinés. » Parmi les victimes :
Haydar Faiek, une transsexuelle de 40 ans a été battue et brûlée vive par les milices Badr dans la rue principale du quartier de AlKarada à Bagdad en septembre 2005.
Ammar, un jeune homme de 27 ans, a été attiré dans un guet-apens, et tué d’une balle dans la tête à Bagdad par des membres supposés des milices Badr en janvier 2006.
Naffeh, 45 ans, a disparu en août 2005. Sa famille a appris qu’il avait été enlevé par les Badrs. Son corps a été retrouvé en janvier 2006, avec les traces habituelles d’exécution.
Sarmad et Khalid étaient amants, ils vivaient dans le quartier Al Jameha de Bagdad. Des inconnus les ont dénoncés. L’organisation Badr les a enlevé en avril 2005. Leurs corps ont été retrouvés deux mois plus tard en juin 2005, ligottés, les yeux bandés, une balle dans la nuque.
La chaîne de télévision al-Arabiya a rapporté ce week-end qu’un arrangement de coulisse avait été conclu pour nommer Abdel Mahdi, un leader de la coalition chiite , actuellement vice-président d’Irak, au poste de premier ministre.( L’accord aurait été conclu entre la coalition chiite, la liste kurde et le front de concorde sunnite.)
Il y a lieu de craindre que la campagne des milices Badr contre les gays devienne la politique officielle iraquienne, surtout si la rumeur de la nomination d’un haut représentant du SCIRI au poste de premier ministre se confirme. Dans la nouvelle constitution irakienne, écrite sous la dictée de l’ambassadeur américain à Bagdad, Zalmay Khalilzad et son équipe, la Sharia, la loi religieuse qui punit de mort l’homosexualité, est le fondement de la loi en Irak.
Le 2O août dernier l’agence Reuter, sous le litre « Les américains font des concessions aux Islamistes en ce qui concerne la loi », relatait que le gouvernement américain était arrivé à un compromis dans lequel l’Islam devenait « la » source de la loi et non plus « une des sources » et qui soumettait toutes les lois à un examen religieux . Reuter citait un politicien kurde important : « nous constatons que les Américains se rangent du côté des chiites. C’est choquant. Cela ne correspond pas aux valeurs américaines. Ils ont dépensé beaucoup de sang et d’argent juste pour créer un Etat islamique ! Je ne peux pas croire que c’est ce que veulent les Américains, ni que c’est la volonté du peuple américain ».
Si vous voulez soutenir les irakiens gays, le groupe Abu Nuwas cherche désespérément des soutiens pour continuer son travail. Les chèques pour le groupe abu Nuwas peuvent être envoyés au groupe gay britannique OuTrage !, avec un mot précisant que c’est un don pour « Abu Nuwas Iraqi LGBT UK » :
Outrage !
Po Box 7816
London SW14 8WT
Royaume-Uni